ANFIIDE — Éclairer la profession, transformer la santé

Guides professionnels

Infirmier en santé au travail : missions, formation obligatoire et cadre légal

· Guide rédigé à partir des sources officielles citées.

En bref

Il faut être infirmier diplômé d'État et suivre une formation spécifique en santé au travail : au moins 240 heures de théorie et un stage de 105 heures. Si vous ne l'avez pas, votre employeur doit vous y inscrire dans les douze mois suivant l'embauche et la payer. Vous exercez dans un service de prévention et de santé au travail.

Visites d'information et de prévention, actions en entreprise, maintien dans l'emploi : l'infirmier en santé au travail occupe une place centrale dans la prévention des risques professionnels. Ce guide présente les lieux d'exercice, les missions propres et déléguées, la formation spécifique désormais obligatoire et le cadre fixé par le Code du travail.

Qu'est-ce qu'un infirmier en santé au travail ?

C'est un infirmier diplômé d'État, ou autorisé à exercer sans limitation, qui travaille au sein d'un service de prévention et de santé au travail (SPST). Le Code du travail le place dans l'équipe pluridisciplinaire de santé au travail, aux côtés des médecins du travail et des intervenants en prévention des risques professionnels (article L4622-8). Le médecin du travail anime et coordonne cette équipe, ou délègue cette animation.

Cette équipe poursuit un objectif fixé par la loi : éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail (article L4622-2).

Où exerce l'infirmier en santé au travail ?

Dans un service interentreprises ou autonome

Les services de prévention et de santé au travail prennent deux formes. Le service interentreprises (SPSTI) regroupe de nombreux employeurs adhérents. Le service autonome est créé par une entreprise ou un groupe. Selon l'INRS, l'adhésion à un SPSTI est obligatoire en dessous de 500 salariés ; à partir de 500 salariés, l'employeur peut choisir entre un service autonome et un SPSTI.

Directement dans l'établissement

Le Code du travail impose la présence d'infirmiers dans certains établissements, selon leur taille :

  • établissements industriels de 200 à 800 salariés : au moins un infirmier, puis un infirmier supplémentaire par tranche de 600 salariés au-delà (article R4623-32) ;
  • autres établissements de 500 à 1 000 salariés : au moins un infirmier, puis un infirmier supplémentaire par tranche de 1 000 salariés au-delà ;
  • en dessous de ces seuils : un infirmier est présent si le médecin du travail et le comité social et économique le demandent. En cas de désaccord de l'employeur, l'inspecteur du travail tranche, après avis du médecin inspecteur du travail (article R4623-33).

Quelles sont les missions de l'infirmier en santé au travail ?

L'infirmier exerce ses missions propres, dans le respect des règles de compétence du Code de la santé publique, ainsi que les missions que lui délègue le médecin du travail (article R4623-30). Concrètement, il intervient sur deux plans.

Le suivi individuel des salariés

Le suivi individuel de l'état de santé est assuré par le médecin du travail et, sous son autorité, notamment par l'infirmier (article L4624-1). L'INRS cite les visites que l'infirmier réalise par protocole : visite d'information et de prévention, visite de préreprise, visite de reprise.

Les actions collectives en milieu de travail

L'infirmier participe aux actions en entreprise et aux campagnes d'information conçues avec le médecin du travail : sensibilisation aux risques, promotion de la santé, repérage des situations à risque. Il est tenu au secret professionnel.

La prévention de la désinsertion professionnelle

Chaque service comporte une cellule pluridisciplinaire de prévention de la désinsertion professionnelle (article L4622-8-1). Elle repère les salariés en risque de perdre leur emploi pour raison de santé, propose des mesures avec l'employeur et le salarié, et travaille avec l'Assurance maladie et les acteurs de l'insertion. Un membre de l'équipe pluridisciplinaire désigné par le médecin du travail peut en assurer l'animation.

Comment se déroule une visite d'information et de prévention ?

Tout travailleur bénéficie d'une visite d'information et de prévention dans les trois mois suivant sa prise de poste (article R4624-10). Menée par un professionnel de santé de l'équipe, elle a pour objet de :

  1. interroger le salarié sur son état de santé ;
  2. l'informer sur les risques de son poste ;
  3. le sensibiliser aux moyens de prévention ;
  4. repérer s'il doit être orienté vers le médecin du travail ;
  5. l'informer des modalités de son suivi et de son droit à une visite avec le médecin du travail à tout moment (article R4624-11).

Que peut déléguer le médecin du travail à l'infirmier ?

Le médecin du travail peut confier à l'infirmier, par protocole écrit, une grande partie des visites et examens du suivi individuel (article R4623-14). Les missions déléguées sont exercées sous sa responsabilité, dans la limite des compétences de l'infirmier et, pour les délégations à l'équipe, en cohérence avec le projet de service.

Point de vigilance : les avis qui reposent sur des éléments de nature médicale, comme les avis d'aptitude ou d'inaptitude, restent de la seule compétence du médecin du travail. En cas de doute pendant une visite, l'infirmier oriente le salarié vers lui.

Quelle formation faut-il pour être infirmier en santé au travail ?

Depuis la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, l'infirmier de SPST doit disposer d'une formation spécifique en santé au travail (article L4623-10). Le décret du 27 décembre 2022, applicable depuis le 31 mars 2023, en fixe le contenu minimal (article R4623-31-1) :

  • au moins 240 heures d'enseignements théoriques ;
  • un stage de pratique professionnelle en santé au travail de 105 heures.

La formation est dispensée et validée par un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (une université, par exemple) ou par un organisme de formation certifié. L'arrêté du 30 janvier 2023 précise son organisation, le contrôle des connaissances et l'évaluation du stage.

Quelles compétences cette formation développe-t-elle ?

Le Code du travail fixe six domaines (article R4623-31-2) :

  • la connaissance du monde du travail et de l'entreprise ;
  • les risques professionnels, les pathologies associées et leur prévention ;
  • l'action collective de promotion de la santé et l'accompagnement des employeurs ;
  • le suivi individuel de l'état de santé, y compris la traçabilité des expositions et la veille sanitaire ;
  • la prévention de la désinsertion professionnelle ;
  • l'exercice infirmier au sein d'une équipe pluridisciplinaire et avec les partenaires extérieurs.
Bon à savoir : l'organisme de formation peut tenir compte de votre formation antérieure en santé au travail et de votre expérience pour vous dispenser de tout ou partie des enseignements ou du stage.

Qui paie la formation et dans quel délai ?

Si vous êtes recruté sans cette formation, votre employeur doit vous y inscrire dans les douze mois qui suivent l'embauche. En contrat de plus courte durée, l'inscription doit intervenir avant le terme du contrat. Le coût est à la charge de l'employeur. La loi l'invite aussi à favoriser votre formation continue, et les tâches qui vous sont confiées tiennent compte de vos qualifications complémentaires (article L4623-10).

Vos autres obligations de professionnel de santé restent applicables, comme la certification périodique et le DPC.

Un infirmier en pratique avancée peut-il réaliser la visite de mi-carrière ?

Oui. La visite médicale de mi-carrière a lieu au cours de l'année civile des 45 ans du travailleur, sauf échéance différente fixée par accord de branche (article L4624-2-2). Elle peut être réalisée par un infirmier en pratique avancée exerçant en santé au travail. Celui-ci ne peut pas proposer d'aménagement de poste : il oriente le salarié vers le médecin du travail si nécessaire.

Cette visite vérifie l'adéquation entre le poste et l'état de santé, évalue le risque de désinsertion professionnelle et sensibilise aux enjeux du vieillissement au travail.

Quel est le cadre légal de l'infirmier en santé au travail ?

Deux codes s'appliquent en même temps :

  • le Code du travail, qui organise les services, l'équipe pluridisciplinaire, le suivi des salariés et la formation spécifique (articles L4622-1 et suivants, R4623-29 et suivants) ;
  • le Code de la santé publique, qui définit vos compétences d'infirmier et auquel le Code du travail renvoie expressément. Ces règles ont été refondues par le décret du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d'infirmier, pris en application de la loi du 27 juin 2025.

Comme tout infirmier en exercice, vous devez être inscrit au tableau de l'Ordre des infirmiers, quel que soit votre employeur.

Sources officielles

Questions fréquentes

La formation en santé au travail est-elle obligatoire pour un infirmier ?
Oui pour exercer dans un service de prévention et de santé au travail. Si vous ne l'avez pas à l'embauche, l'employeur doit vous inscrire dans les douze mois et prendre en charge son coût.
Combien d'heures dure la formation d'infirmier en santé au travail ?
Au minimum 240 heures d'enseignements théoriques et 105 heures de stage de pratique professionnelle. Des dispenses partielles ou totales sont possibles selon votre parcours.
Un infirmier en santé au travail peut-il déclarer un salarié inapte ?
Non. Les avis reposant sur des éléments de nature médicale, dont l'aptitude et l'inaptitude, relèvent du seul médecin du travail.
Quelles visites l'infirmier en santé au travail peut-il réaliser ?
Par protocole écrit du médecin du travail, il réalise notamment la visite d'information et de prévention, ainsi que des visites de préreprise et de reprise.
Une entreprise doit-elle employer un infirmier ?
Oui à partir de 200 salariés dans un établissement industriel et de 500 salariés dans les autres établissements. En dessous, un infirmier est présent si le médecin du travail et le CSE le demandent.
Qui organise la formation spécifique en santé au travail ?
Une université ou un autre établissement public d'enseignement supérieur, ou un organisme de formation certifié. C'est lui qui valide la formation.
L'infirmier en santé au travail est-il soumis au secret professionnel ?
Oui. Il respecte le secret professionnel et les règles déontologiques de la profession, y compris vis-à-vis de l'employeur.

← Guides professionnels